L’abbatiale de Saint-Gilles fait l’objet d’un important projet de recherche franco-allemand (Aegidiana) cofinancé par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG), fédérant le Laboratoire d’Archéologie Médiévale Méditerranéenne LAMM UMR 6572 et l’Institut für Architekturgeschichte IFAG de l’Université de Stuttgart (voir la notice de A. Hartmann-Virnich). La partie française du programme, placée sous la direction d’Andreas Hartmann-Virnich, comprend un volet de fouille archéologique portant sur le cloître. Une première intervention archéologique, réalisée par Chr. Markiewicz en 2009, a montré l’existence d’une stratigraphie complexe et particulièrement épaisse (plus de 2 m). Grâce à une subvention exceptionnelle allouée par le Service régional de l’archéologie Languedoc-Roussillon, la première campagne de cette fouille, menée de février à mars 2010, a été complétée par une seconde, conduite d’octobre à décembre. La fouille a permis de retrouver les traces de certaines constructions du cloître roman. Les murs des galeries sud et nord ont été totalement récupérés. Leur emplacement nous est parvenu sous la forme de larges tranchées d’épierrement, attestant une récupération totale des maçonneries, à l’exception de quelques fragments laissés en place au contact d’une canalisation traversante. Quelques éléments sculptés issus du démantèlement du cloître ont été retrouvés dans les tranchées, complétant les vestiges déjà découverts par Chr. Markiewicz : portions de fûts de colonnes, restes de chapiteaux et de tailloirs, un tailloir complet utilisé comme couvrement d’une sépulture moderne à décor de feuilles d’acanthe, des blocs de pierre de taille provenant des arcades : claveau et écoinçon, et des restes d’une sépulture monumentale : restes d’une épitaphe et d’un élément figuratif (aile). Le style et la grande qualité de la sculpture, dont le morcellement intentionnel est probablement à mettre en rapport avec la transformation en chaux du décor démonté, sont comparables à celle de la façade occidentale et du chevet. Dans le préau du cloitre, ainsi que dans la galerie sud, la fouille a révélé la présence d’innombrables sépultures à inhumation dont la datation s’échelonne entre le Moyen Âge médian et l’époque moderne. En tout, 130 sépultures ou portions de sépultures ont été fouillées (étude anthropologique conduite par A. Legrand-Garnotel). Elles se répartissent sur une épaisseur moyenne de 1,2 m. Dans la partie supérieure de la stratigraphie cémétériale, les tombes sont essentiellement en pleine terre. On relève la présence d’une population diversifiée mêlant hommes et femmes, enfants et adultes. A plusieurs endroits, des tombes sont accompagnées d’une épaisse couche de chaux, placée sur et sous le corps. Dans les niveaux les plus anciens de la nécropole, apparaissent des tombes en coffres maçonnés. Ces structures funéraires, au nombre de huit, se concentrent dans les parties sud et nord du préau du cloître, à proximité des murs délimitant les galeries. La majorité de ces coffres a subi des remaniements. Les dalles de couverture ont été fréquemment enlevées pour déplacer l’individu originellement inhumé et installer un autre défunt. L’inhumation originelle apparaît donc en réduction. Seules deux tombes n’avaient pas subi de tels remaniements. A côté de ces coffres en partie maçonnés, on a également repéré trois inhumations livrant des traces explicites d’un coffrage de bois. En témoignent quelques restes ligneux (non carbonisés) retrouvés sur le squelette (couverture) et au niveau des parois. Ces tombes apparaissent dans la partie la plus basse de la séquence funéraire. D’une façon globale, l’étude du mobilier (en cours) et la réalisation de datations radiocarbones doivent permettre de caler avec plus de précision la chronologie du cimetière. En poussant les investigations sous le niveau sépulcral, nous avons pu explorer différents horizons plus anciens témoignant d’une longue occupation antérieure au monument du XIIe s. Plusieurs structures datées des Xe-XIe s. sont apparues. On signalera une tranchée marquant l’emplacement d’un mur de direction est-ouest totalement épierré ainsi que quatre silos. L’un de ces silos se démarque par ses dimensions imposantes : il est profond de 2,6 m et présente un diamètre maximum de 2 m. Le comblement des silos est riche en mobilier, notamment en céramiques et ossements animaux. La poursuite de l’exploration a permis d’identifier des structures plus anciennes. Si l’époque carolingienne n’apparaît pas clairement dans la zone explorée, nous avons par contre mis en évidence des structures antérieures. Il s’agit des traces d’un bâtiment, situé à 2,5 m sous la surface actuelle. Ce bâtiment est délimité par des murs faiblement fondés et liés à la terre. Ce bâtiment n’a pas livré de mobilier particulier. Mais des niveaux de sols gravillonneux, apparemment des sols extérieurs, qui prennent appui contre les maçonneries ont livré un mobilier qui a été daté en premier analyse des VIIe-VIIIe s. (présence de Cathma 6b et 6c, récipients en pierre ollaire). Légèrement plus bas dans la stratigraphie, on a pu identifier un empilement de niveaux assez denses jusqu’à 2,9 m de profondeur. Il s’agit de niveaux organiques, riches en charbons de bois qui évoquent la proximité de structures d’habitat. La présence d’amphore africaine, de formes tardives en sigillée claire D et de kaolinitique réductrice oriente vers une datation au VIe s. Sous ces niveaux d’occupation, une stratigraphie importante était encore conservée. Sur 1,6 à 1,9 m d’épaisseur (soit jusqu’à une profondeur de 4,8 m par rapport à la surface actuelle), une succession de niveaux très pauvres en mobilier a été explorée. S’y intercalent des niveaux de remblai (avec blocs, mortier), des couches qui s’apparentent à du substrat remanié (argile limoneuse brun ocre) et enfin des couches grises sablonneuses. Ces dernières évoquent des dépôts colluviaux (milieu humide avec faible circulation d’eau). Parallèlement, il faut noter que le substrat apparaît ici nettement plus bas qu’au sud où un précédent sondage l’avait identifié à 3,3 m de la surface actuelle. Ceci prouve l’existence d’une vaste dépression dans le secteur, qui pourrait correspondre à un talweg ou un chenal. Le remblaiement ancien de cette dépression naturelle livre probablement une information essentielle à la connaissance de la configuration du terrain. En effet, il pourrait expliquer l’affaissement des fondations de l’abbatiale romane implantées dans le secteur de l’ancienne aire claustrale ; un défaut dont l’étude archéologique du bâti a pu démontrer qu’il remonte aux débuts de la construction de l’édifice.

Responsable d’opération : A.Masbernat-Buffat

MASBERNAT-BUFFAT (A.), BUFFAT (L.), HARTMANN-VIRINICH (A.), LEGRAND-GARNOTEL (A.), SCHNEIDER (L.), CHAZOTTES (M.-A.) – Le cloître de l’abbatiale. Rapport Final d’Opération, Mosaïques Archéologie, Cournonterral, janvier 2012, 263 p.