La fouille préventive menée en 2010 sur l’établissement de « La Maladrerie » à Saillans (Drôme) a permis la mise au jour d’une partie d’un vaste et riche établissement occupé de l’époque gallo-romaine au Haut Moyen Âge. Après plusieurs occupations pré et protohistoriques, la fondation du site antique se place autour du changement d’ère. Dès cette époque, l’établissement fait l’objet d’un important investissement, tant sur le plan architectural (création de plusieurs terrasses, puissants remblaiements, division en plusieurs corps de bâtiments) que résidentiel (balnéaire, marbre, tesselle, retrouvés en contexte de démolition ou remploi). Pour le Haut Empire, l’originalité du dossier viticole est à souligner. L’aile nord est, en majeure partie, occupée par un chai viticole en activité durant 2 ou 3 siècles, où se succèdent vinification en dolia, puis, probablement, vinification en tonneau ou en foudre.L’intérêt de l’opération réside aussi, et surtout, dans la très bonne conservation des occupations de la fin de l’Antiquité et du Haut Moyen Âge, échelonnées entre les IVe et VIIIe s. (Le Roy et al. sous presse). Au début du IVe s., l’aile nord est subdivisée en plusieurs pièces et une extension est bâtie sur l’espace de cour. Cette extension constitue un ensemble architectural singulier par le caractère stéréotypé et répétitif des aménagements dont disposent les 4 pièces qui le composent. Bien que les superficies soient variables, chaque pièce est munie des mêmes équipements (seuil, foyers, sols, structure sur piquets), élaborés à partir des mêmes matériaux et dont la disposition obéit à un rythme rigoureux.Une nouvelle phase de remaniements, plus profonde, intervient vers la fin du Ve s. Certaines constructions sont arasées, d’autres conservées et de nouvelles construites, marquées par l’abandon du mortier et de la tegulae. Elle aboutit à la création d’un bâtiment dont les dimensions exactes restent inconnues (extension sous les limites de fouille ?) mais qu’il est possible de subdiviser en quatre grands ensembles bâtis sur un module similaire d’environ 8 m de long pour 3 m de large. Les 2 ensembles au nord sont essentiellement occupés par des structures de chauffe. Celles associées aux phases les plus récentes présentent une relative élaboration dans leur mise en œuvre. L’interprétation fonctionnelle des ensembles au sud est plus délicate en raison d’un arasement plus prononcé (habitat ?). La fouille de l’établissement de « La Maladrerie » permet à la fois de documenter un secteur encore méconnu, celui de la vallée de la Drôme, d’aborder la vie et l’économie d’un site sur la longue durée, et d’illustrer la problématique récurrente dans le sud de la France de la transition entre un domaine gallo-romain et les occupations de l’Antiquité tardive et du Haut Moyen Âge, en particulier sur les aspects liés aux architectures (rôle des constructions anciennes dans les choix des bâtisseurs du Haut Moyen Âge) et sur l’évolution des formes de l’habitat.

 

Responsable d’opération : L. Le ROY

LE ROY (L.), BROCHIER (J.-L.), DURAND (B.), MALIGNAS (A.), GUALANDI (S.), ROVIRA (N.), MASBERNAT-BUFFAT (A.), BERDAUX-LE BRAZIDEC (M.-L.) – L’évolution d’un habitat dans la vallée de la Drôme : de la villa du Haut Empire à l’établissement du Haut Moyen Âge. Rapport Final d’Opération, Mosaïques Archéologie, Loupian, mai 2011, 2 volumes : 199 p. et 397 p.

LE ROY (L.), BERDAUX-LE BRAZIDEC (M.-L.), MALIGNAS (A.), ROVIRA (N.) « De la villa antique à l’établissement altomédiéval de la Maladrerie à Saillans (Drôme). Permanences et mutations jusqu’au VIIIe siècle », Archéologie du Midi Médiéval, 2012. Sous presse.