Cette fouille a permis de dégager 360 dépôts s’intégrant au complexe funéraire protohistorique. Ces ensembles s’intègrent aux cinq phases reconnues lors de la publication de 2003 (Giraud et al. 2003). Dans une première phase, une quarantaine de tombes ont pu être attribuées au Bronze final IIIb. Les dépôts sont très simples, généralement composés d’un vase cinéraire et d’un ou deux vases d’accompagnement. La phase II marque un déplacement de l’ensemble funéraire vers l’est. Les dépôts présentent la caractéristique d’être fréquemment fragmentaires : sur les 20 ensembles clairement datables de cette période, cinq seulement sont des tombes avec vase cinéraire. Les séries céramiques de la phase II sont assez maigres et n’apportent pas véritablement d’informations nouvelles : le décor à la cordelette apparaît tandis que le répertoire enregistre une multiplication des formes ouvertes. Quant au mobilier métallique, il se compose d’éléments classiques, telles les épingles à tête annulaire. Les tombes de la phase III marquent des changements significatifs dans la forme et l’organisation des loculi. Les fosses sont désormais beaucoup plus grandes, leur disposition est plus clairement orthonormée, tandis que les entourages deviennent quadrangulaires. La forme des dépôts est très particulière, puisqu’aucune tombe n’a livré de vase cinéraire en place. Tous les ensembles attribués à cette phase (18 en tout) contiennent tantôt des vases d’accompagnement, tantôt des tessons, parfois les deux, mais jamais de vase ossuaire en place. Le mobilier est assez fragmenté et n’apporte pas d’éléments de connaissance substantiel, tant au niveau de la céramique que du métal. La phase IV est très peu documentée par la fouille de 2010. Les tombes de cette période ont été très majoritairement détruites, certainement par des travaux réalisés en 1930 (aérodrome). Il n’en subsiste que trois, dont les caractéristiques ne se démarquent pas de celles identifiées antérieurement : présence de vases en grande quantité, abondance des dépôts de faune. C’est pour la phase la plus récente de la nécropole (phase V) que les informations nouvelles sont les plus importantes. Une centaine de tombes se rattache à cette période. Cette période marque la réapparition des entourages circulaires. La présence de tombes à armes constitue une découverte à caractère spectaculaire. Pas moins de cinq tombes ont livré des épées complètes, alors que deux autres contenaient uniquement des éléments de fourreau (bouterolles). L’existence de deux tombes associées à des inhumations d’équidés est un autre élément exceptionnel. Ces animaux ont été inhumés avec les éléments de leur harnachement posés sur le côté. La phase V est très bien identifiée grâce à un mobilier métallique et céramique caractéristique. Parmi les céramiques, dominent les urnes à fond plat ou ombiliqué, ainsi que les bols et coupes à languette perforée. Le mobilier métallique se révèle abondant : agrafe de ceinture (à un ou trois crochets), fibule du type « Golfe du Lion », fibule arbalétiforme et fibule à arc coudé.

L’étude anthropologique montre un recrutement assez classique. Les quantités d’os brûlés déposées dans l’urne cinéraire sont globalement faibles. Les os témoignent en outre de températures souvent moins élevées qu’aux périodes plus anciennes.

De façon globale, la fouille réalisée en 2010 sur la nécropole du Causse aura donné une moisson inespérée de résultats. La présence de nombreuses tombes à armes, celle d’inhumations d’équidés et la diversité des types de dépôts présentent un intérêt majeur. Cette nouvelle fouille ne permet pas d’affirmer que toutes les limites de la nécropole sont connues. Si les limites occidentale et méridionale sont fermement établies, les limites septentrionale et orientale ne sont pas clairement identifiées. Avec une longueur minimale de 400 m et une largeur moyenne de 150 m, il est possible d’affirmer que l’ensemble funéraire s’est étendu sur au moins 6 ha. A ce jour, 5 ha ont pu être décapé et 1113 tombes sont fouillées. Ces chiffres impressionnants suffisent à justifier le caractère majeur du site du Causse pour la connaissance des ensembles funéraires protohistoriques du Midi de la France.

Responsable d’opération : L.Buffat

BUFFAT (L.), GALY (J.), BRUNET (V.), CADEILHAN-KEREBEL (J.), MASBERNAT-BUFFAT (A.), RIVALAN (A.), SEREE (F.) – La nécropole protohistorique du Causse (partie orientale). Rapport Final d’Opération, Mosaïques Archéologie, Loupian, janvier 2012, 2 volumes : 504 p. et 501 p.